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vendredi, 01 juillet 2005
Bayonne candidat aux JO 2012 ?
Xabi LXIII pape à Livinhac
À cinq jours de la désignation du candidat gagnant l'accueil des jeux olympiques 2012 par les cent vingt membres du CIO à Sin- gapour et comme ce vendredi 1er juillet était aussi la date prévue pour notre débri- efing de la fête des langues à Decazeville, là je repense à certains très bons moments du week-end dernier. Tout se bouscule en- core dans ma tête, les souvenirs trinquent joyeusement à la santé de l’amitié et une curieuse confidence de Xabi fait en quelque sorte le joint avec cette actualité. Je ne sais plus où nous étions précisément, rien que les deux ou avec le commando basque au complet, peu importe. Je ne sais pas comment on en vient comme ça à évoquer le principal traumatisme de son enfance. Souvent, ça doit être pour faire naître une relation compassionnelle ou plus simplement pour faire son intéressant. Bon, là, évidemment, en me racontant ce truc, Xabi, il faisait son intéressant, son athlète champion olympique du traumatisme et de la mémoire. Ce truc, c’était un 1er juillet aussi, en 1963. Ça devait se passer à De- cazeville ou à Livinhac, chez la grand-mère de Xabi, peut-être à l’heure du repas familial en écoutant les infos à la radio ou à la télé. La veille, à Rome, le pape Jean XXIII venait de mourir et les cardinaux de l’Église catholique étaient donc tous réunis en conclave afin de désigner son futur saint-père-successeur. C’est ce que devaient raconter, sans nul doute, l’ensemble des jour- nalistes sur toutes les chaînes de radio et La Chaîne de télévi- sion (tiens, à propos, je trouve assez juste de parler de chaîne même si le maillon est unique, mais, bon, le rapport avec l’olympisme est là plutôt alambiqué, j’avoue…). Et le petit Xabi de 5 ans d’âge à la sensibilité déjà exacerbée ne manqua pas d’être ému tout autant qu’interloqué par cette information. Tous les gamins de 5 ans ne sont pas aussi curieux, j’en connais mê- me qui se foutent du pape comme de l’an 40, mais Xabi n’était pas de ce bois-là, Xabi a toujours été (du moins depuis qu’il tra- vaille à la Ville de Bayonne) un inquiet. Et comme on ne s’im- provise pas inquiet, ni journaliste d’ailleurs, notre Xabi de 5 ans d’âge interrogea sa grand-mère, cet historique 1er juillet 1963, posant la seule question qu’aucun journaliste d’aucune chaîne n’avait su pour lors formuler : «Mami, cékikiva être le prochain pape ? Faut quoi pour être pape ? Tout le monde il peut être pape ?». On imagine la tension autour de la table familiale.
En début d’été, comme ça, parfois, j’ai de ces délires complè- tement flippants. Je me dis que la candidature de Paris n’a vrai- ment pas la moindre chance d’être retenue. Ça serait vraiment trop drôle, avec Chirac comme VRP en chef, c’est invendable. Et puis Madrid, pas mieux, le 11 mars, les menaces concrètes d’ETA… vraiment aucune chance non plus. Il n’y aurait que Lon- dres pour faire un peu d’ombre à Bayonne. Très peu. Mais on ne sait jamais, Xabi n’est toujours pas pape, alors… Croisons les doigts, verdict le 6 juillet, nous serons déjà en rouge et blanc pour l’ouverture des San Fermin.
Le plébéien bleu et blanc
21:55 Publié dans digression, Grave-patrie | Lien permanent | Commentaires (0)
Plaisir décence à la station service
Virginie, tu vas
au ciné en bagnole ?
Une station service anonyme en Allemagne, la couleur jaune me dit quelque chose mais il n’y a pas de nom de marque sur les pompes… mais en fond, par contre, on distingue bien le sigle et la marque du pétrolier Shell sur le camion citerne qui passe, par hasard, c’est presque du subliminal, juste au moment où Fanny, l’héroïne des Yeux clairs, le très joli film de Jérôme Bonnell, est en train de faire le plein de sa voiture. Enfin, plutôt la voiture de son frère qu’elle a empruntée… mais cela n’a au- cune importance, je ne veux pas parler du film ni de cinéma pour l’heure mais de cette station service où est arrêtée Na- thalie Boutefeu. En général, dans les films, les réalisateurs montrent très ostensiblement l’habillage des stations services afin que le spectateur puisse identifier tout de suite la marque du pétrolier qui n’aura pas manqué, très certainement et en échange de ces quelques images diffusées sur grands écrans, de participer aux frais de production. C’est très distinctement et plusieurs fois que l’on aura l’occasion de lire le nom de la mar- que, sur la pompe, sur le pistolet ou à l’enseigne de la boutique où l’acteur sera censé s’acquitter de sa facture d’essence… dont on ignorera toujours le montant. Question à mille louis : dans quel film, français ou étranger, avez-vous pu lire le montant d’une livraison de carburant sur une pompe ?... Mince, je ne sais pas comment orthographier le ding-ding-ding du xylopho- ne, Word me le souligne tout en rouge. Bref, grâce à cette di- gression cinéphilique, j’en viens au sujet qui préoccupe le cito- yen consommateur que je suis, tout particulièrement en ce 1er juillet, date symbolique à laquelle, en France, on a coutume d’é- voquer les augmentations. Et pas seulement celle du Smic, mal- heureusement. Là je veux causer des augmentations specta- culaires des prix du gaz et du pétrole à la pompe. Bon, bien sûr, ces augmentations n’ont pas eu lieu du jour au lendemain, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet. De toutes façons, la plupart des stations sont fermées de nuit ou dotées d’automates 24h/24h, donc personne pour changer les prix cette nuit-là… ou alors ce sont des robots qui font le sale boulot… je ne sais pas… peut-être après tout. L’an prochain, je me mettrai à l’affût aux abords de la station du Leclerc, avec des jumelles de vue nocturne et je saurai. Je saurai qui est responsable de ces foutues augmentations qui me poussent à aller faire mon plein en Espagne.
Enfin, là je simplifie un peu, bien entendu. Je sais parfaitement que là c’est un autre problème, que les augmentations affectent proportionnellement les carburants en France comme en Espa- gne, que ce qui fait la différence de prix ce n’est pas l’augmen- tation mais la disparité des taxes. Disparité qui a pris un tour quasiment exponentiel depuis Maastricht, étonnant, non ! Mais, bon, je digresse à nouveau, je ne veux pas causer de cette dis- parité-là aujourd’hui : rien de neuf sous le soleil de l’unification européenne à ce chapitre. C’est juste la notion d’augmentation du prix de l’essence qui m’intéresse. Il y a je ne sais plus com- bien d’années mais sûrement un bon paquet, je devais encore être gamin, génétiquement parlant je veux dire, ouais c’était aux alentours de 1973, le premier «grand choc pétrolier», déjà à l’é- poque, on avait commencé à parler de prix plafond de l’essence, de prix maxi au-delà duquel les consommateurs à deux ou qua- tre roues décideraient immanquablement d’arrêter de consom- mer, ou alors s’amputeraient de leurs roues pour laisser repous- ser leurs jambes. On voit tout de suite très bien le lien existen- tiel entre la société de consommation et celle de l’automobile, vous me l’accorderez. Donc, dans cet ancien temps-là, déjà, on parlait de l’essence à 10 francs le litre. En même temps ça fai- sait très peur et ça semblait tout à fait impossible, irréaliste, comme dans un film d’horreur. Donc, en même temps, on culti- vait la classique et efficace terreur populaire du «on va man- quer» et en même temps on se disait que ça ne pourrait pas arriver, ou alors pas tant que nous serions vivants. Et après, hein, c’est plus pour nous, hein, on s’en fout. Pas notre problème ! Bref, l’essence à 10 balles ça nous causait, mais pas si clairement que ça finalement. Par rapport à notre pouvoir d’achat de l’époque, ça faisait vraiment trop. Trop peur et sûrement pas assez, quoique… Faudra un de ces quatre que je donne mon avis sur l’arme de la peur, l’arme de destruction massive des neurones absolue, mouais, un de ces quatre, j’en causerai… Quand le SP 95 sera à 1,50 euros à la pompe, c'est-à-dire approximativement les 10 balles fatidiques. Et c’est manifestement pour très bientôt si l’on en croit Virginie qui écrit sur le forum Le bar de la Côte (en un style copié-collé des plus alarmistes et militants à la fois). Bon, pour le très bientôt, là, Virginie, je veux bien te croire, quoique, c’est pas encore sûr, les Européens pourraient bien décider de recycler à leur compte l’idée jospinienne de la taxe flottante afin de réguler en même temps les cours du marché et la fameuse disparité dont je causais ci-dessus. Ils pourraient… si ils y voyaient un quelconque intérêt pour les compagnies pétrolières. Mais là, désolé, je ne vois pas.
Les Exxon-Mobil, BP et autres Total ou Shell se repaissent habituellement plus goulûment de la plus entièrement sauvage «libre concurrence». Ils se repaissent aussi bien des terreurs populaires du «on va manquer» que des optimistes inconscients du «on trouvera bien toujours une solution, faisons confiance au progrès et à la science». D’ailleurs ne sont-ce pas ces Maîtres du pétrole qui ont inventé l’ «horreur économique» ? Et n’est-ce pas Virginie qui se met à leur service en nous prenant pour des gogos ? Franchement, si je ne craignais pas que les pièges les plus grossiers soient souvent les plus efficaces, je me marrerais. Le «plan génial» pour lutter contre l’essence à 10 balles qu’elle nous propose n’exige pas le moindre effort de la part du citoyen consommateur de la Côte basque. Son truc à Virginie, c’est hyper simple (je n’ai pas dit simpliste, hein) : faire confiance aux marchés, les mécanismes régulateurs du marché sauront faire baisser les prix si, de Bayonne à Hendaye, nous décidons de boycotter les stations Esso et Shell. Ainsi, les deux plus grandes compagnies pétrolières au monde (Esso étant une filiale de Exxon-Mobil), avant de sombrer définitivement dans la faillite par la faute de nos réservoirs conséquemment remplis chez des concurrents (heu, disons Total par exemple), oui, les dirigeants de Shell et Exxon se concerteront immanquablement pour déci- der de baisser leurs marges et donc leurs prix à la pompe afin de nous reconquérir, nous, clients responsables qu’ils avaient un moment négligé de satisfaire pleinement. Merci Virginie de nous démonter une fois de plus combien nous pouvons vivre heureux dans cette société de consommation dont les consommateurs sont et demeureront à jamais les seuls Maîtres incontestables et incontestés. Bon, hum, à part que le message-chaîne que tu relaies ainsi du le forum de Cotebasque.net, ce n’est pas autre chose que de la pub indirecte pour Total ou BP. Rien d’autre. Aucun espoir de ce côté-là, malheureusement serais-je tenté d’ajouter (mais je résiste car je suis un citoyen conscient et mi- litant de l’écologie-sociale de père en fils). Le pire, Virginie, c’est que les plus grandes compagnies pétrolières au moooooonde ont déjà été moult fois dans le «rouge» et ce bien avant que n’ait débuté la campagne de boycott à laquelle tu participes avec tant d’allégresse. Et ça ne change rien aux cours du pétrole ni au prix à la pompe. Ça serait même très précisément le contraire. Quel- le engeance ! Vraiment on ne peut plus se fier à rien ! La régula- tion automatique des marchés, peau de balle on aura l’indécence à 10 balles. Vraiment, Virginie, je suis désolé de te dire ça aussi crûment, pour économiser sur notre facture d’essence seule la décence de l’économe sera efficiente : consommer moins, de moins en moins, et de moins en moins encore, car tout natu- rellement, un jour, du pétrole, il n’y en aura plus. Un jour. Bon, ça ne sera peut-être pas déjà pour le 1er juillet de l’an prochain. Sûrement pas, même. Je pense, j’espère… En attendant, sans t’affoler, mémère, prends plutôt ton vélo pour aller au cinoche… moi j’y vais à pieds, mais j’ai beaucoup de chance !
Le plébéien bleu pétrole
11:40 Publié dans digression | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 30 juin 2005
Decazeville fête toutes les langues :
C’est si joli un Mescladis !
Tous les feux de la St Jean se sont réunis pour enflammer le ciel de Decazeville en cet après-midi de la fête des langues 2005. Nos feux de la St Jean à nous, à Hazparne, à Donibane, les feux que nous avons chargés dans notre convoi d’amitié jusqu’à Mois- sac pour y mettre aussi le feu à l’été au milieu de la nuit du 24… chez Bernadette et Serge. Ce samedi 25 juin, chez David, chez Franck, Chez Dominique et Jean-François, chez Christophe, chez Aldo et chez Robert, chez Benoît et Lili et chez Xabi aussi, tout le ciel de l’Aveyron est repeint en bleu pour nous accueillir, nous les Basques déjà habités depuis plus de 10 000 ans par l’esprit du Mescladis.
Nous voici à nouveau invités à nous ressourcer, pour la quatri- ème année consécutive, au pays du cœur du cœur, Decaze, la capitale du Mescladis, à l’ombre chaleureuse des humains qui marchent debout, qui chantent dans toutes les langues du mé- tissage et qui nous sourient parce qu’ils sont fiers, et qui sont fiers parce que nous leur sourions sous la chaleur. Combien ? Trente-sept degrés à l’ombre ? Quelle ombre ? Ici pas la moin- dre ombre qui ne soit humaine et vivante, la température de cette ombre du Mescladis c’est celle des corps réunis pour s’em- mêler, se mélanger les langues…
À cinq heures de l’après-midi, je ne suis pas dans le poème de Garcia Lorca, il n’est jamais partout en même temps la même heure, la jeune femme au fichu fleuri me sourit furtivement, ses mains travaillent mécaniquement une pâte épaisse et blanche. Elle est Kurde, tout du moins s’active-t-elle sur le stand kurde à fabriquer comme à la chaîne des sortes de talos. Ce soir nous aurons une «terrible» concurrence me dis-je en poursuivant mon tour de «reporter-photographe» sur la place. Je n’ai pas osé m’approcher, pas osé leur parler, j’ai pris la photo d’un peu trop loin encore trop intimidé par la chaleur du Mescladis ; je n’ai pas osé aller aux nouvelles, faire connaissance, au moins me pré- senter… nous le ferons un peu plus tard à l’initiative de Xabi en distribuant notre cageot de cerises de Moissac à tous les parti- cipants que nous irons visiter sur leurs stands. Ça sera une ini- tiative unanimement appréciée, à chaque fois on nous deman- dera si il s’agit bien de cerises d’Itxassou et nous répondrons chaque fois par un petit sourire gêné que non, que nous ne pou- vions pas, trop loin, la chaleur, le transport, tout ça… Peu im- porte l’explication, tout le monde ne retiendra que le goût sucré des cerises, l’échange des sourires, l’énergie et la franchise par- tagée des poignées de mains.
Quelques pas plus loin, je prends un peu de recul pour mettre le soleil hors cadre. Les photos des stands arabophones et portu- gais seront inexploitables à cause du contre-jour. L’anglais pire encore. Je m’improvise bien piètrement « reporter »…
Face aux jolies petites Italiennes, là c’est encore ma timidité maladive. Enfin, je dis Italiennes mais leurs cartes d’identité cla- ment très certainement leur citoyenneté française, leur naissan- ce à Decazeville dans l’Aveyron ou dans la région. D’ailleurs, elles ne parlent pas l’italien, comprennent juste quelques mots mais connaissent par coeur les chansons traditionnelles. Ce sont leurs mères ou leurs grands-mères qui sont nées en Italie, qui parlent encore italien entre elles. Elles sont assises au fond du stand, alors je m’enhardis quelque peu. Leur mélodieuse langue des Pouilles me fait des papouilles au creux de la trompe d’Eus- tache et, clic-clac, c’est dans la boîte. Mince, juste elles ont tourné le dos, le petit drapeau masque la Mama, et puis surtout je ne sais pas mettre le son sur ce si joli blog tout bleu qui de- meure tristement muet.
Mille et une ombres
en pleine lumière
Il faut que je presse le pas, mon «commando» m’attend à la buvette. Leurs longues ombres impatientes me font des signes de loin. Un instant, devant le chapiteau des organisateurs, j’hé- site à participer au forum, un débat passionné sur la pluralité des langues que je prends en cours et puis que je déserte tout aussitôt. Je m’en veux déjà. L’année prochaine je me préparerai mieux. Je m’y engage solennellement. Je promets aux uns et aux autres, mais là je ne suis pas prêt, je ne sais pas improviser à l’oral, le sujet me passionne, bien évidemment, la situation diglossique en Pays basque, la part essentielle de la langue dans la transmission de la culture, tout ça, je suis convaincu que nous avons tous des ombres différentes et la que la langue est l’om- bre indissociable de notre culture. Hasard de ma visite des stands, je passe juste devant celui de l’espéranto au moment où je me fais ces réflexions. Clic-clac, je les ai mis dans la boîte. Ils sont un peu tristes, je trouve, à vouloir inventer une novlangue, une ombre unique pour tous. La magie du corps culturel c’est qu’il peut multiplier les ombres, presque jusqu’à l’infini, pour enrichir la culture dans la diversité qui lui donne vie et sens. Oui, l’année prochaine, c’est promis. Au nom du «commando» des Basques, je préparerai une intervention pour participer à cette théorisation de l’esprit du Mescladis. Sauf à perdre définitive- ment la mémoire, je ne peux oublier un tel engagement !…
J’allonge encore le pas… Je n’oublierai pas non plus de prendre une casquette. D’une année sur l’autre, parait-il, il y a de moins en moins de platanes. Les derniers rescapés sur la place aux voitures ont déjà signé leur arrêt de mort dans le goudron fondu : un instant j’ai pourtant songé à pétitionner pour les sau- ver. Mais la nuit, quand elle viendra enfin pour faire se mêler toutes les ombres dans la fête musicale du Mescladis, je ren- contrerai Jean-Claude et la pétition, je la signerai, au moins virtuellement, un million de fois, pour réinventer des arbres de vie là où les racines plongent leurs doigts impatients dans les verres d’anisade, pour trinquer et trinquer encore. François, Alberto, Ginette, range ton portefeuille c’est la mienne. Je dois faire chauffer la poêle, la plancha est déjà chaude, Marie s’active aux talos, ils m’attendent, Jean-Luc fait patienter les affamés, Xabi confie à Maddi la responsabilité de notre stand culturel, en nocturne. Le «commando» est au complet, chacun à son poste, sur tous les fronts à la fois. Le feu est dans nos cœurs. Le feu. La joie dans nos veines. Cette année nous avons amené un très bon rouge bio de Navarre. Mille fois j’ai dû répéter son nom en langue basque. Mille fois on a dû, toute la nuit, me le traduire dans toutes les langues du Mescladis. Mille fois on a trinqué. Et là je ne me souviens plus de son nom… Les filles ont dansé à s’en casser les jambes, les garçons ont chanté à s’en déchirer la voix, tous les talos ont été mangés.
L’an prochain, promis, je ne renâclerai pas pour que nous ame- nions davantage de matériel. Nous amènerons davantage de li- vres, davantage de tee-shirts et des casquettes aussi, et des briquets aussi, plein de briquets différents avec plein de flammes dedans, nous amènerons aussi cent talos de plus et dix bou- teilles de txakoli, et du patxaran, et nous ramènerons dans nos mains et dans nos lèvres la même amitié encore renforcée par la joie de retrouver, plus chaleureux que jamais, nos amis du Mescladis.
Le plébéien de toutes les couleurs
21:20 Publié dans copinage | Lien permanent | Commentaires (3)
mardi, 28 juin 2005
Breizh Euskal Herria*
Ils ont des chapeaux ronds
Vive la castagne !
Ils ont des chapeaux ronds
A bas les matons !
Quel âge avais-je quand je chantais cette rengaine dont, je le parierais, vous aussi, maintenant, de toute la journée, vous au- rez du mal à vous défaire ? Dix ans ? Douze ans ? Avec le recul et en tentant de me re-figurer du plus précisément que je peux ma conscience de l’époque et la culture rebelle qui pouvait être la mienne, au tout début des années 70, il m’étonne tout de même beaucoup que j’aie pu réellement comprendre ce que je chantais. Parce que je comprenais ce que je chantais, ça j’en suis certain ! Quoique ne connaissant absolument personne ni dans ma famille ni dans le voisinage qui fut allé en prison, je savais pertinemment ce qu’était un « maton » et je puis même affirmer que, dès ma prime enfance, le nom de la «Villa chagrin» m’était familier.
Ils ont des chapeaux ronds
A bas les cur’tons !
Ça aussi je le chantais, vers le même âge, mais encore plus souvent à tue-tête. Je devais même carrément le crier, le hur- ler, je me connais, mes colères comme mes passions, j’ai be- soin de les cracher à la face de l’humanité toute entière, tout du moins je me figurais pouvoir le faire au quartier Fargeot. Tout fier d’avoir enfin compris que les curés c’était les méchants, ce «cur’tons» je le criais chaque fois à m’en faire péter les cordes vocales. Treize ans pas douze, je devais avoir treize ans.


Ils ont des chapeaux ronds
A bas les Bretons !
Ça aussi je l’ai chanté. Et je ne comprends toujours pas pour- quoi tellement, les Bretons, la Bretagne, tout du moins le nom de Bretagne et puis, pas les chapeaux ronds mais les coiffes, les hautes coiffes de dentelle des vieilles Bretonnes faisaient partie de mon décors. C’est con un gosse ! Le pire c’est que j’avais vu, pendant des années, tous les mercredi, le gwen-ha-du au mur de la salle à manger de mon copain Jean-Michel avant même que d’imaginer l’existence de l’ikurrina. Au quartier Fargeot, au moins la moitié des femmes travaillant dans les conserveries de poissons étaient venues de Bretagne. Et puis les Portugaises, moins nombreuses que les Bretonnes, on disait aussi Bigou- dènes, mais une colonie conséquente tout de même. Et puis les frontalières, celles qu’on appelait les Espagnoles, celles qui tra- versaient la frontière à Irun tous les jours pour aller travailler, gagner leurs pesetas, à mobylette ou en train, combien étaient-elles ? Leur nombre fluctuait vraiment beaucoup, si je me sou- viens bien, suivant les époques sans que je ne comprenne jamais pourquoi, ni ne me pose la question, d’ailleurs. Mais elles pouvaient être vraiment très nombreuses, souvent même les plus nombreuses. Il y avait même certaines conserveries où le personnel de la chaîne était exclusivement constitué de fronta- lières, chez Arcoès si je me souviens bien. Je ne suis pas sûr. Ma mère, elle, travaillait chez le maire, le maire de St Jean de Luz je veux dire. A SO.LU.CO il y avait nettement plus de Bas- ques qu’ailleurs, on disait Basquaises à l’époque, mais elles n’é- taient vraiment pas très nombreuses. On n’entendait pas beau- coup parler basque à la sortie de l’usine de ma mère quand j’al- lais la chercher à la fin de son travail. Une petite poignée de fil- les de la campagne comme elle, venues d’Ascain, St Pée sur Nivelle, Urrugne, parce qu’elles s’étaient mariées à la ville, comme on disait encore au début des années 70, parfois même avec des Bretons, des pêcheurs, dans tous les sens du terme probablement et du coup devenaient pécheresses.


Ils ont des chapeaux ronds
Et moi un béret à la con !
Ma mère, elle, je le jure, n’aura jamais encouru l’excommunica- tion. D’ailleurs, grâce à la puissance de sa foi je peux me van- ter, à la face du monde, d’être aussi basque que le meilleur des ardi gasna, 100 % basque. Bon, les Bretons sont fiers aussi, et têtus, alors… «Ils ont des chapeaux ronds, vive la castagne, ils ont des chapeaux ronds, à bas les Bretons», étrange rengaine qui me sonne douloureusement au lendemain de la clôture de ce procès à Paris. Le procès de la «solidarité» entre Basques et Bretons, et vice versa. Entre 2 et 20 ans de prison pour les 14 co-inculpés dans l’affaire dite de Pléven. Vingt ans de prison pour un vol d'explosifs, no coment. Je n’en étais pas, des co-inculpés, des co-condamnés je veux dire. J'en bégaie. Jean-Michel, «vive la castagne !», il n'en était pas non plus. J'aurais reconnu son nom dans les journaux, c'est sûr. Qu’est-il devenu, d’ailleurs, Jean-Michel ? Plus tard, adulte, jeune adulte, il était devenu boulanger, il travaillait de nuit, beaucoup, trop. Il se faisait exploiter que c’est pas croyable ! «à bas les Bretons !» Cette rengaine à la con, c’était nos aînés qui devaient la chanter et qui nous l’ont transmise. Jusqu’au début des années 60, au quartier Fargeot il y avait deux bals les samedis soirs. Le bal des xuri et le bal des gorri, ça se mélange pas les blancs et les rouges. Et si ça se rencontre, forcément, c’est la castagne… Vive les Bretons ! Vive la castagne ! Au quartier Fargeot aussi, fils de Basques et fils de Bretons, nous avons traversé des océans ensemble, nous avons rêvé ensemble, de jolis rêves en vert et rouge et en noir aussi, «ils ont des chapeaux ronds, à bas les matons !»
Le plébéien bleu
* Bretagne Pays basque
08:15 Publié dans digression, politique | Lien permanent | Commentaires (0)

























