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dimanche, 15 mai 2005
Référendum constitutionnel :
Cette bizarre campagne
par Serge Rivron
Cette campagne est bizarre, parce que dans un premier temps tout le monde s'accordait sur le fait que le texte soumis à notre suffrage était un mauvais texte, au moins dans sa forme, et souvent sur telle ou telle partie de son fond. La différence entre les tenants du oui et ceux du non était alors que les premiers répétaient à l'envi que si le texte était certes très imparfait, on s'emploierait dès que voté à le faire évoluer pour qu'il soit mieux, alors que les seconds affirmaient texte à l'appui que ce ne serait pas possible.
Cette campagne est bizarre, parce que les tenants du oui ne cessent à présent de dire que ce texte est excellent, qu'il est le résultat d'un tas d'heure de discussions très ouvertes et que le refuser est inenvisageable parce qu'on ne pourra jamais le rediscuter.
Cette campagne est bizarre parce que ce mauvais texte, qui devrait être au centre du débat puisque c'est sur lui qu'il va falloir se prononcer, sert à tout sauf à enrichir le débat : ceux qui le rejettent s'échinent à démolir les propositions qu'il avance sans être d'accord sur celles qu'il faudrait lui opposer, et ceux qui le soutiennent n'ont d'autres justifications que de s'évertuer à lui faire dire autre chose voire l'inverse que ce qu'il dit.
Cette campagne est bizarre : le texte à ratifier compte plus de 500 pages, et ceux qui l'ont écrit n'arrêtent pas de nous expliquer que seules les 60 premières sont à considérer. Alors pourquoi en ont-ils écrit 460 de plus ?
Cette campagne est bizarre. On voudrait croire que ceux qui défendent la Constitution, parce qu'ils l'aiment bien, aimeraient la lire, mais ils ne citent jamais précisément le moindre de ses articles, et s'empressent d'en empêcher ceux qui sont contre. On préfère nous passer des reportages pour expliquer que l'Union européenne a fait du beau boulot depuis 35 ans, ce dont personne ne semble disconvenir.
Cette campagne est bizarre : on se demande où est passé Philippe Seguin – que la médiature unanime avait, à l'époque du référendum pour Maastricht, élu leader charismatique du non. On se dit qu'il n'y a sans doute pas de leader charismatique du non cette fois-ci, alors qu'on se rappelle que pour Masstricht ç'avait été exactement la même pagaille dans le camp du non (et du oui, d'ailleurs) et qu'il n'y avait pas plus de raison qu'aujourd'hui de trouver dans cette pagaille un leader charismatique, mais qu'on l'avait quand même trouvé.
Cette campagne est bizarre, il n'y a pas non plus de leader charismatique dans le camp du oui, mais Jack Lang semble bien vouloir de ce rôle, puisque le Président de la République refuse de l'assumer et ne veut surtout pas que Nicolas Sarkozy s'en empare. Et on essaye de nous expliquer que le bordel est seulement dans le camp du non.
Cette campagne est bizarre. La voix de ceux qui sont pour ce texte a priorité absolue dans tous les grands médias, ceux qui expriment ce choix détiennent l'essentiel des postes de pouvoir depuis 25 ans, et ils n'arrivent pourtant pas à convaincre largement les Français de l'intelligence de leur point de vue.
Cette campagne est bizarre : on n'a aucune envie de porter au pouvoir ceux qui disent non, mais on n'a aucune confiance en ceux qui disent oui.
Cette campagne est bizarre : tout le monde accuse tout le monde d'en vouloir à l'Europe, mais personne ne paraît s'apercevoir que la Constitution proposée ne définit jamais ce que c'est que l'Europe.
Cette campagne est bizarre. Ceux qui se prononcent pour cette Constitution au prétexte de ses avancées démocratiques et sociales regrettent qu'elle ait été jetée en pâture au suffrage universel ; et ceux qui se prononcent pour le non au prétexte qu'elle n'est pas assez démocratique et pas assez sociale se revendiquent pour la plupart d'idéologies assez peu démocrates et pas très douées pour la prospérité des peuples.
Cette campagne est bizarre : les partisans du oui accusent ceux du non d'être frileux et peureux, mais ils ont peur que le non l'emporte parce qu'ils pensent que nous risquerions d'être mal jugés et mis au ban par les autres pays.
Cette campagne est bizarre. Ce texte que plus de 60 de ses propres articles nomment sans ambages la Constitution, est systématiquement appelé Traité par ceux qui l'approuvent lorsqu'ils expliquent à ceux qui redoutent son immuabilité une fois voté que ça n'est pas vrai du tout. Ils reprochent en revanche à ceux qui rejetteraient ce texte que ce serait une grande inconséquence que d'empêcher la Charte de droits fondamentaux d'être inscrite dans la Constitution, parce que cette inscription lui ferait gagner en respectabilité et garantirait sa durée.
Cette campagne est bizarre : les partisans du oui affirment que ce Traité pourra être modifié dès demain, mais il est selon eux inenvisageable de rediscuter le moindre article du projet en cas de victoire du non, parce que les 25 pays de l'Union ne pourront plus jamais se remettre d'accord.
Cette campagne est bizarre : les partisans du non sont jusqu'à 55% dans certains sondages. Or les médias semblent croire qu'ils soient très bien représentés par 4 à 5 leaders de partis politiques minuscules qui n'ont pas l'air de s'entendre du tout entre eux.
Cette campagne est bizarre : on nous dit sans arrêt que les 55% de Français qui s'apprêtent à dire non sont des vieux un peu trouillards et légèrement arriérés qui sont mal informés parce qu'ils habitent la province. Or je corresponds bien moins à ce profil que Jack Lang et même que Serge July, qui pourtant voteront oui, à ce qu'ils disent.
Cette campagne est bizarre : les ténors du oui anticipent comme une épouvante en cas de non le retour prévu au Traité de Nice qu'ils ont pourtant signé avec enthousiasme, quand les ténors du non qui l'ont toujours dénoncé sont prêts à faire avec encore un moment en attendant mieux.
Cette campagne est bizarre : malgré tout, elle pourrait bien finir par une victoire du oui.
11:25 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (2)
vendredi, 13 mai 2005
Shizo ou Schizo au Kazakhstan :
La schizophrénie du cinéma
Mercredi soir il y avait "soirée" à l'Autre cinéma. Et comme je suis devenu un inconditionnel de la programmation de Ramuntxo, je ne pouvais évidemment pas manquer ce rendez-vous. Donc, 20h40, j'arrive devant la caisse où Jean-Phi semble devoir "batailler" avec des spectateurs à qui il explique le chemin pour rejoindre l'Atalante à temps avant la projection de Lemming (dont je viens de causer). En effet, à l'Autre cinéma, la salle est pleine et... ça me semble quand même un peu bizarre. En fait, c'est la petite salle qui est pleine, celle où on projette Le Crime Farpait (je vais le voir cet après-midi) : malaise !
Salle René Vautier, nous ne serons que six à faire le voyage aux confins des mondes chinois, russe et iranien en compagnie de Guka Omarova. Pour un très joli «petit film» que nous pourrons quand même voir ou revoir jusqu’au 24 mai à l’Atalante. Comme on aurait pu dire mon programmateur préféré, ce premier film de la réalisatrice kazakh «nous donne des nouvelles de cette Asie centrale qui ne se donne jamais en spectacle aux feux de l’actualité furtive de nos écrans cathodiques» (imité-je bien ?). Et pour avoir encore plus de nouvelles, il aurait fallu que je reste au «débat» afin d’écouter le très certainement passionnant témoignage de Guillaume Reynard, le talentueux illustrateur de la plaquette de présentation du film pour la France. Mais je n’ai pas osé, la schizophrénie cinéphilique fait des dégâts dans ma tête aussi. Il était pourtant si souriant et avenant ce Guillaume Reynard qui s’était déplacé, depuis très loin certainement, pour seulement six spectateurs (et pour un film et un pays auquel il est manifestement très attaché). Et qui souriait quand même, sincèrement, ça ne s’imite pas facilement la sincérité, malgré l’amertume d’une salle pleine à côté de sa salle quasiment aussi déserte que les steppes du Kazakhstan. Je m’en veux de cette «fuite» et voudrais lui présenter mes excuses si c’était possible… Alors en attendant, j’ai tout bien lu la plaquette que l’on trouve sur le comptoir de la caisse à l’Atalante, et puis aussi tout bien le dossier de presse… Le Crime Farpait me changera un peu les idées cet aprém’…
Robinson Crusoé
11:45 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 12 mai 2005
Le Lemming aurait-il des Palmes ?
«Voilà un film qui ne risque pas d’être primé à Cannes» m’a dit Mamour cet après-midi en sortant de la salle de cinéma. Là, à chaud, cette réflexion laconique m’a plutôt scotché. Surtout que nous n’avions pas trop le temps de discuter. Moi, j’étais encore entièrement sous le choc, donc je n’ai su que bredouiller quelque chose dans le genre «oui, t’as raison… mais j’ai tout de même bien aimé… pas toi ?»… Ce n’est pas la première fois que nous avons des avis divergents sur un film. Quoique très généralement nos goûts cinématographiques sont très proches (nous avons pas mal de points communs comme ça qui autorisent un certain optimisme sur la pérennisation de notre projet de couple), il est arrivé que nos sentiments après une projection soient radicalement en opposition… par exemple très récemment encore à propos de Le Couperet de Costa-Gavras, mais je me refuse à en causer ici car ce serait faire de la pub à du gâchage de pellicule au prix où qu’elle est (j’exagère à peine). Bref, nous avons quand même commencé à en discuter, de Lemming je veux dire. Oui Lemming le film de Dominik Moll, celui qui était projeté hier en ouverture du festival de Cannes et que Ramuntxo n’avait pas encore vu mais que son instinct de programmateur de génie a su mettre en bonne place sur sa grille du mois de mai.
Lemming, oui, vous savez, le petit rongeur aux mœurs surprenantes qui vit exclusivement dans le Grand Nord, au nord de la Finlande, là où on trouve parfois aussi des rockers étonnants… mais là n’est pas le sujet. Oui, le lemming, c’est précisément la «clé» de ce film tout aussi énigmatique que passionnant. Cent vingt neuf minutes de tension extrême quasi ininterrompue. En sortant de la salle, j’avais des crampes aux mains… et plein d’interrogations dans la tête. «Le public était très partagé à la sortie du film hier soir» m’avait prévenu Mamour… Maintenant que je crois avoir compris l’essentiel de la trame irrationnelle du film, je pense que c’est parce qu’une bonne partie du public n’a pas su tout déchiffrer que persiste ce malaise à la sortie. En fait, pour moi tout s’est éclairé quand je suis sorti des chiottes. Sur le mur de droite, alors que j’étais tout bien concentré sur mon trône, j’ai suivi du regard une petite fissure et j’y ai vu… le St Esprit ! Non, là je déconne, j’ai tout simplement repensé à cette histoire de clé que Charlotte Gainsbourg-Rampling donne à Laurent Lucas, j’ai repensé à sa blessure à la main censée avoir été faite par le féroce lemming… et puis j’ai revu le lemming tout séché ramassé par Bénédicte qui n’était plus Alice, et j’ai tout pigé.
Génial que je me suis dit ! En fait, je pressentais bien que ce film était génial en sortant de la salle, même si pour lors je n’avais pas encore tout bien-bien compris. Re-bref, je ne vais pas vous le raconter ce film au scénario VRAIMENT génial. Je répète ce même mot de «génial» à l’envi car tout simplement c’est le seul qui convienne à mon sens. Quoique bien peu «palmophile» je pressens (tous ces pressentiments seraient-ils le fruit de la fameuse «fissure» ?) que Lemming n’est pas, comment dire ? oui, n’est pas formaté pour une palme à Cannes. Et pourtant, peut-être qu’il mériterait un prix du meilleur scénario, peut-être que les deux Charlotte devraient triompher ex aequo pour la palme de la meilleure actrice . Et peut-être qu’aussi cet odieux charmeur d’André Dussolier… Et Laurent Lucas. Meilleurs acteurs. Et le génial réalisateur, bien sûr, meilleurs génial parmi les génials. On a souvent dit
que Dominik Moll, et tant que scénariste comme en tant que réalisateur, avait largement puisé dans le cinéma de Hitchcock ou de David Lynch... Le David Lynch de la manipulation et le Hitchcock de la tension où il excelle peut-être mieux encore que ses maîtres. Oui, Lemming saura susciter entre spectateurs d'interminables discussions afin de confronter les différentes lectures "possibles" de l'histoire, même si au fin des fins une seule lecture peut l'emporter au pays fictionnel de tous les irrationnels. Mais peut-être que Lemming nous propose une "solution" rationnelle un peu trop complexe pour concurrencer le "mystère hitchcockien", peut-être qu'il flirte un peu trop avec la trame en forme de puzzle à miroirs du Spider de David Cronenberg ! Le génie ne se ponctue pas forcément des ovations complices du grand public. Je ne sais pas si cela est heureux ou malheureux. Le Lemming aura-t-il des Palmes pour remonter depuis la bonde de nos éviers jusqu'à son mytique Grand Nord d'où, tous les 30 ans, il recommencera son inexplicable migration mortelle ?
Robinson Crusoé
22:00 Publié dans Cinéma, digression | Lien permanent | Commentaires (6)
Finalement, l’Airbus A380
s’abstiendra de voter
lors du référendum
En effet, le conseil d’administration d’EADS, la maison mère d’Airbus (le hangar, en termes techniques) a déclaré hier qu’il ne prendrait pas de "décisions difficiles, qui risqueraient de heurter les sensibilités nationales", avant le référendum sur le traité constitutionnel européen.
Les discussions achopperaient sur l’éventuelle nomination d’un Allemand à la tête d’Airbus, chasse gardée traditionnelle des Français (car si le groupe est binational, c’est indéniablement franco qui arrive en premier dans franco-allemand, ce qui justifie cet état de fait).
Bien que nous soyons unis dans la diversité, faudrait pas non plus que la diversité commence à se faire des films, non mais !
Grave-Patrie
10:05 Publié dans Grave-patrie | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 11 mai 2005
Kepa Junkera à Herri Urrats
Le trikitrix c'est d'la balle
Dimanche vers 17 heures nous prenions un sacré beau bain de foule à Herri Urrats. Pour ceusses qui n'ont jamais entendu parler de cette géniale fête des ikastolas, je rappelle qu'elle se déroule depuis exactement vingt-deux ans, toujours à la même époque, autour du lac de St Pée-sur-Nivelle. Cette année, selon les organisateurs, elle a tout de même rassemblé près de 85 000 personnes en soutien à la fédération de l'enseignement en basque Seaska. Bref, là je voulais juste dire que nous étions des milliers (un certain Moris Dia parmi eux que je salue au passage, faute d'avoir su le reconnaître) à nous être enfiévrés de bonheur grâce à Kepa Junkera et à son magnifique groupe. Là je songe tout particulièrement aux percusionnistes qui nous ont régalés de leurs nombreux duos à la txalaparta. C'est la première fois que je me prends à vouloir causer musique sur mon blog et j'avoue que la critique musicale ce n'est vraiment pas mon truc. Mais alors pas du tout. Donc, pour ceusses qui n'ont pas eu l'heur d'exulter au concert de ce dimanche dans la poussière de l'esplanade face au podium Araba, je ne saurais que leur conseiller d'acheter les derniers cédés du bouillant musicien basque.
A Herri Urrats, dimanche, il y avait pas mal d'autres groupes très intéressants. Sur la scène Lapurdi, à l'heure du déjeuner, les voix féminines et bas-navarraises de Perruketak et d’Izarrak nous ont plus que charmés. D'y repenser j'ai les poils qui repoussent sur mes bras. Malheureusement il est un chanteur que nous avons loupé, c'est le Brésilien Silverio Pessoa. La programmation pas mal retardée et une certaine acidité du cidre nous auront obligé à opter pour la raison en rentrant largement avant la nuit. Qouiqu'il en soit, une visite chez Mattin Megadenda s'impose...
Le plébéien bleu
19:10 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 09 mai 2005
Youpi !
1000 ème Visiteur

Ce lundi 9 mai, dans la soirée certainement (mon outil statistique ne me précise pas l'heure et la provenance des connections), et plus précisément le DERNIER connecté de la journée était très exactement le millième. J'ai toujours fantasmé sur les chiffres ronds alors je me devais de marquer tout particulièrement celui-ci en tirant un véritable feu d'artifice sur mon blog à moi tout joli et tout bleu que j'ai. Afin de récompenser pour le bonheur q'il (ou elle) m'apporte ce (ou cette) millième curieu(se)x --hum, mes tentatives de "bi-genrisation" en français ont un rendu parfois des plus "bigenres, vous avez dit bigenres"--, j'organise un grand jeu sans obligation ni interdiction (mais toujours avec censure, toutefois, à l'adresse d'un certain "machinchose") avec un super prix surprise à la clé. Que ceux qui se sont connectés sur Le plébéien bleu de HautetFort le lundi 9 mai 2005, entre 18 heures et minuit disons, me fassent un commentaire sur ce fil. La réponse la plus belle, la plus drôle, la plus touchante, la plus intelligente, la plus bleue en un mot, eh bien, son auteur(e) sera récompensé(e)...
(à suivre)
23:55 Publié dans auto-congratulation | Lien permanent | Commentaires (0)


















